Depuis vingt ans, des chercheurs parcourent le monde à la recherche d'un même mystère : pourquoi dans certaines régions, les gens vivent-ils exceptionnellement vieux, et en bonne santé ? Ces territoires ont un nom : les zones bleues. On en compte cinq principales dans le monde : Okinawa au Japon, la Sardaigne en Italie, l'île d'Ikaria en Grèce, la péninsule de Nicoya au Costa Rica, et la communauté adventiste de Loma Linda en Californie.
Ce que les chercheurs ont découvert en les étudiant a surpris beaucoup de monde.
Le secret n'est pas dans l'assiette
On pourrait croire que le régime alimentaire est la clé. Les habitants de ces zones mangent en effet légèrement, souvent peu de viande, beaucoup de légumes. Mais ce n'est pas ce qui les distingue le plus du reste du monde. On pourrait penser que c'est le sport. Les habitants des zones bleues bougent régulièrement, mais pas de façon intensive. Ils marchent, jardinent, vaquent à leurs occupations. Rien d'extraordinaire. Ce qui revient systématiquement dans toutes les zones bleues, ce qui semble être le dénominateur commun le plus puissant, c'est le lien social.
Le Moai d'Okinawa : l'amitié comme médecine
À Okinawa, le concept de Moai désigne un groupe de personnes qui se soutiennent mutuellement tout au long de leur vie, émotionnellement, financièrement, socialement. Ces groupes se forment dès l'enfance et perdurent jusqu'à la mort. Ils se retrouvent régulièrement, partagent des repas, s'entraident dans les moments difficiles. Les chercheurs ont observé que les habitants d'Okinawa qui appartiennent à un Moai vivent en moyenne plus longtemps et en meilleure santé que ceux qui n'en ont pas. Ce n'est pas une coïncidence : le sentiment d'appartenir à un groupe, d'être attendu, d'avoir des personnes sur qui compter, a des effets mesurables sur la santé physique et mentale.
En Sardaigne et à Ikaria : les anciens au centre de la vie
Dans les villages de montagne de Sardaigne, les personnes âgées ne sont pas mises à l'écart, elles sont au cœur de la vie sociale. On les consulte, on les respecte, on les invite. Leur présence est considérée comme une richesse, pas comme un fardeau. À Ikaria, île grecque où l'on dépasse régulièrement les 90 ans en bonne santé, les habitants se retrouvent chaque soir dans des cafés, des fêtes de village, des réunions informelles. Les interactions sociales ne s'arrêtent pas avec l'âge, elles continuent, naturellement, jusqu'au bout.
Ce que cela nous dit sur le vieillissement
La conclusion qui émerge de toutes ces études est à la fois simple et profonde : ce qui maintient les gens en vie et en bonne santé, ce n'est pas d'abord ce qu'ils mangent ou combien ils courent, c'est la qualité et la régularité de leurs liens avec les autres. Ces liens ne s'entretiennent pas seuls. Ils se cultivent, se nourrissent, se préservent activement. Ce que les habitants des zones bleues ont en commun, c'est cette habitude ancrée de maintenir des connexions humaines régulières, ce que nous appelons une discipline sociale. La bonne nouvelle : nul besoin de vivre à Okinawa ou en Sardaigne pour s'en inspirer. Les ingrédients du Moai sont accessibles partout, un groupe de personnes qui se retrouvent régulièrement, qui s'entraident, qui partagent des moments. Parfois, il suffit d'une porte à pousser.
Pour aller plus loin
Les zones bleues nous rappellent que bien vieillir n'est pas une question de génétique ou de chance. C'est une question de choix quotidiens, et parmi eux, celui de cultiver ses liens sociaux est probablement le plus important. Parce que derrière chaque centenaire d'Okinawa, il y a presque toujours un Moai.
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